Accueil > ACTUALITES VALLEES DES GAVES > Aucun honore l’abbé Pascal Vergez, prêtre bigourdan béatifié après son martyre

Aucun honore l’abbé Pascal Vergez, prêtre bigourdan béatifié après son martyre

samedi 25 avril 2026, par rédaction

Natif d’Aucun, au cœur du Val d’Azun, l’abbé Pascal Vergez appartient à ces figures discrètes dont le destin finit par dépasser les frontières d’un village pour rejoindre l’histoire collective. Prêtre du diocèse de Tarbes et Lourdes, il a grandi dans un environnement rural où la foi, la solidarité et la simplicité façonnaient les existences. Rien ne laissait présager que cet homme réservé deviendrait, des décennies plus tard, l’un des visages spirituels les plus marquants de la Bigorre au XXᵉ siècle.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Pascal Vergez est mobilisé comme tant d’autres jeunes Français. Fait prisonnier en Allemagne, il se retrouve plongé dans un univers de contrainte et de surveillance où l’exercice du ministère sacerdotal est strictement interdit. Pourtant, loin de renoncer, il choisit de poursuivre clandestinement son rôle de prêtre auprès des travailleurs français déportés. Dans les baraquements, les ateliers ou les espaces de repos volés au quotidien, il écoute, réconforte, confesse, encourage. Sa présence devient un repère pour ceux qui, déracinés et épuisés, cherchent un souffle d’espérance.

Cette activité pastorale, menée dans la plus grande discrétion, finit par attirer l’attention des autorités nazies. En 1944, il est arrêté par la Gestapo pour avoir continué à exercer son ministère. Les témoignages rapportent qu’il n’a jamais renié sa mission, même face aux interrogatoires et aux privations. Transféré dans un camp de travail, il y meurt quelques mois plus tard, affaibli par les conditions de détention mais demeurant, jusqu’à son dernier souffle, un soutien pour ses compagnons d’infortune.

Reconnu martyr « en haine de la foi », l’abbé Vergez a été béatifié le 13 décembre 2025 à Notre‑Dame de Paris, aux côtés d’autres victimes de la persécution nazie. Cette reconnaissance officielle de l’Église catholique a ravivé l’émotion dans son village natal, où sa mémoire n’a jamais disparu. À Aucun, son nom circule encore dans les familles, dans les récits transmis de génération en génération, dans les souvenirs de ceux qui ont connu ses proches ou entendu parler de son engagement.

Ce samedi 25 avril, la communauté locale et le diocèse de Tarbes‑Lourdes organisent une journée d’hommage pour saluer son parcours. Le programme, sobre et solennel, reflète l’esprit du prêtre : une cérémonie au cimetière d’Argelès‑Gazost, où il repose ; une conférence de Mgr Jacques Perrier retraçant son itinéraire spirituel et historique ; une messe présidée par Mgr Jean‑Marc Micas dans l’église Saint‑Félix d’Aucun ; puis un moment convivial pour prolonger les échanges.

Au‑delà de la commémoration, cette journée invite à réfléchir à ce que représente aujourd’hui le témoignage de Pascal Vergez. Son histoire rappelle que la foi peut devenir un acte de résistance, que la dignité humaine peut survivre même dans les lieux les plus hostiles, et que le courage ne se manifeste pas toujours par des gestes spectaculaires, mais parfois par la fidélité silencieuse à une mission.

Pour les habitants du Val d’Azun, cet hommage est aussi une manière de réaffirmer l’importance de la mémoire locale. Dans un monde où les repères se brouillent, où les récits s’effacent, la figure de l’abbé Vergez offre un point d’ancrage. Elle rappelle que les villages de montagne, souvent perçus comme éloignés des grands événements, ont eux aussi porté des destins exceptionnels.

En célébrant ce prêtre martyr, Aucun honore non seulement un enfant du pays, mais aussi une part de son identité : celle d’une communauté attachée à ses valeurs, à son histoire et à ceux qui l’ont incarnée avec force. L’hommage rendu aujourd’hui n’est pas un simple retour vers le passé ; il est une invitation à transmettre, à comprendre et à reconnaître la lumière que certains parcours laissent derrière eux.